
Lionel Blaisse, Revue « Alors », janvier 95, ParisDans le sillage de Polska
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Catherine Valabrègue, Guide des ateliers d’artistes à Paris, éditions Alternatives, 1998
L’atelier de Polska disparaît sous les
plantes, juste en face de la vigne que l’on vendange chaque année
cérémonieusement dans l’impasse rue de Montlouis, domaine de plusieurs
artistes.
Polska a fait de la peinture, de la
gravure, de la calligraphie et sculpté très classiquement le marbre à
Carrare. Maintenant, elle se livre à des exercices fascinants d’assemblage
de matériaux naturels. Polska n’achète pas ses matériaux, elle les trouve au cours de promenades, de voyages et dans le voisinage. Ce qu’elle en fera, elle le découvrira au fur et à mesure de sa création. Le papier est le matériau que Polska affectionne. Elle fabrique ce qu’il lui faut en broyant des vieux chiffons, du chanvre, du papier recyclé, des papiers personnels périmés, du papier de soie, du papier de fleuriste. Ce qu’elle privilégie, ce sont les papiers des aïeuls qui ont déjà toute une histoire. Le papier est porteur aussi de ses souvenirs de voyage. En Bretagne, elle a mêlé des algues des algues parfumées à sa mixture, au Gabon, des brindilles ramassées ici et là, au Japon, des pétales de cerisiers, bien entendu. S’il lui faut de la couleur, elle broie des pigments naturels. Et qu’advient-il des récoltes de Polska ? Des coupes prêtes à recevoir des offrandes, des jarres où les abeilles peuvent entrer par une longue fente, des cocons renflés ou en fuseau qui tiennent debout comme par miracle, des bambous dressés enfermant des graines ; par deux, ce sont des gardiennes d’âme, par trois avec un gong suspendu, c’est un instrument de musique. Ses pirogues sont spectaculaires. Faites de branches de bambou, de châtaignier, de saule pleureur, de chèvrefeuille, elles émergent devant vous un peu fantomatiques. Au Japon, une photo nous montre une pirogue de dix mètres de long. Au Canada, la pirogue était faite de pierres, creusée dans la terre. Polska le dit : elle met toute son énergie dans cet atelier pour nous faire rêver et c’est pleinement réussi. |
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Yves Michaud. Ateliers au féminin Editions Au même titre. Paris L’atelier de POLSKA contient moins d’œuvres que des promesses et des graines d’œuvres.Il tient du grenier et de la réserve. Polska y accumule fragments de branches, palmes, papiers, osiers, bambous, ficelles, paniers, restes de végétaux séchés ;Avec ces éléments, elle construira des structures fragiles, des squelettes de forme, des carènes ou des ossatures qui seront ensuite couverte de pâte de papier, colorée, teintée ou non. Ces structures sont des sculptures au sens où elles sont dans l’espace, où elles ont trois dimensions, selon l’expression consacrée. Et pourtant, elles ont une légèreté et une fragilité particulières qui les détachent de l’espace et en font des quasi-objets : ce sont plus des cerfs-volants, des prières, des incantations, des sorts, des philtres que des objets. Quelque chose comme l’incantation d’une prière ou d’un chant, ou encore une formule poétique. Il y a une forme-matrice originaire commune à ces objets : la pirogue, la cosse, la nef, tout ce qui enveloppe, recueille, préserve, sert de réceptacle au vivant et à l’esprit. De ce point de vue, ce n’est certainement pas un hasard si Polska a été l’élève d’Etienne Martin à l’école des Beaux-Arts : si ses formes sont légères, aériennes et fragiles, elles n’en ont pas moins quelque chose des demeures pour l’esprit et le souffle du maître; elles véhiculent les pensées et les âmes. Polska produit ainsi une sculpture sans poids, quelque chose qui a plus à voir avec l’installation temporaire qu’avec la pesanteur d’un propos formel. Ses œuvres sont proches de ses cahiers de souvenirs et de sensations où elle entremêle réflexions, traces de ses déplacements, objets ramassés au long de ses cheminements, de ses rêveries et de ses émerveillements. Il y a une fragilité dans ce travail qui n’est ni voulue ni cherchée comme telle, mais qui correspond à la fragilité de l’existence, des sensations, des rencontres. Lunes, pirogues et vaisseaux, boucliers, coques, tombeaux, il y a chez Polska tout un inventaire léger du monde, des rêves et des obsessions. Avec tant de légèreté que l’objet en perd importance et poids, et le geste sculptural son caractère péremptoire. Restent une vie, une vitalité, un sens de l’urgence et de la continuité des choses poétiques- une manière d’être au monde sans embarrasser un monde déjà bien encombré de tant de choses superflues . |
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J’ai rencontré les « RABELLADOS » au Cap Vert, île de Santiago…Au flanc d’une terre rouge, sèche et caillouteuse, face à la mer bleue et houleuse, un ciel chargé de brumes douces… Les montagnes volcaniques à l’ouest découpent l’éternité d’une ligne sombre. Une vingtaine de cabanes en canisse, aux toitures de palmes et quelques constructions inachevées en parpaing de ciment ; ondulé par le vent, un champ de mais blanchi par un soleil trop ardent, quelques arbustes épineux et des tapis d’aloès. C’est le pays des « Rabellados ». Entre PRAIA et TARRAFAL, à quelques kms. de CALHETA, au croisement de deux routes pavées, lieu dit « SPINHO BRANCO » : C’est là…. Tout à découvrir. Douceur, frugalité, propreté, vent et poussière. Non reconnus par les Cap Verdiens eux-mêmes, en marge d’un catholicisme d’état, les Rabellados vivent en autarcie, de leurs cultures de mais et de haricots, de leurs porcs, poulets et pintades, et de leurs pêches savoureuses. Ils ont un chef, Agostinho, une bible, la foi sans loi, sans école, sans écriture, sans chiffre, sans politique, sans violence. Les enfants sont beaux, très beaux, les femmes aussi, les regards curieux et pétillants, pleins d’amour. Les Anciens vivent très sages, les gestes calmes, le regard au loin. Anciens Africains ? Anciens esclaves réfugiés dans les montagnes ? Métissés, convertis, perdus, retrouvés, rebelles ? Ils sont là et Misa les a rencontrés. Elle, une femme à l’aura gigantesque, le cœur immense, écrivain, peintre, polyglotte et très originale. Elle a adopté tous les enfants de la communauté. Avec intelligence et obstination, à force de dossiers et de subventions, elle a installé l’eau, construit des sanitaires, une salle avec l’armoire à pharmacie où le médecin vient 2 fois par mois, un atelier de peinture, un four à céramique, une cuisine et des jardins avec réseaux de « goutte à goutte » pour la culture potagère. Elle met tout en œuvre à présent pour organiser un lieu pour la couture, une salle d’exposition et une grande terrasse ombragée où l’on pourra déguster un plat typique Cap Verdien de mais et de poissons, préparé par les enfants. Le chef ne veut pas d’école ! (pour combien de temps encore ?) Qu’à cela ne tienne, Misa instruira par la couleur et le dessin. Déjà quelques talents sont révélés : Sabin, Fico, Jamin, Kanhioubai, Zé … et ils enseignent déjà aux petits. Filles et garçons, ensemble, font les meubles, les gâteaux, les plantations. Ils n’ont aucune autre référence que les lectures de la bible d’Agostinho lue chaque dimanche, l’immensité du ciel et de la mer, le chant des grillons et les contes racontés le soir par la famille, avec les bons, les méchants, les sorcières, le mauvais œil et les sorts…(pas un fil ne doit dépasser de ta chevelure parce que sinon la sorcière risque de t’attacher à un arbre par ce cheveu…) ( on ne balaye la maison que vers l’intérieur pour ne pas faire rentrer les mauvaises énergies…) Pas de livre, pas de journaux, pas d’image, pas de documentation, pas d’électricité, pas d’alcool ni de radio, encore moins de télé, et pourtant, apparaissent, sur les cartons et les toiles, des paysages « fauves », des abstractions « Bram Van Velde », des histoires « surréalistes » ou « naïves », des constructions géométriques ou gestuelles, des chimères, des diables et des visions de rêves… Une incroyable disposition pour les couleurs et le dessin. Depuis quelques années déjà, Misa leur apprend l’organisation d’un atelier, le rangement des matériaux, le soin à apporter aux mélanges de couleurs et aux pinceaux. Elle fait venir des artistes de partout en réponse à son grand rêve : Créer des ponts entre les cultures, les races, les pays pour que les hommes vivent ensemble, au-delà de leur réalité individuelle, dans une harmonie universelle… Peintres, céramistes, graveurs, photographes et écrivains laissent leur technique et … un morceau de cœur ! Ce fut mon tour… Avec l’utilisation du papier, depuis sa fabrication : Pilage au mortier, tamisage … dans la brouette, pressage au pied et séchage au soleil entre deux grosses pierres… Avec l’encre de Chine, on a commencé la Calligraphie sur papier de soie. Avec les branches de canisse, les roseaux et les feuilles de palmiers, on a construit les éléments du paysage. On les a tracés en « Land Art » sur l’esplanade : Le cercle du Ciel (diam :18m.), Le Carré de la Maison (L=18m.), Le Triangle de l’Etre Humain, La Spirale des Energies… Autant de figures simples et symboliques qui ont permis de nous rencontrer sans parler la même langue, sauf celle du cœur, la plus universelle… Pour l’éphémère de la vie, pour le plaisir de l’instant … Quelle joie, ces enfants ouverts, accueillant à tout, les sens en constant éveil, l’affection dans les yeux et le désir d’apprendre à fleur de partout. Quelle leçon d’humilité et d’humanité poétique . Quelle source de réflexions, de questions, pour moi, Polska, artiste contemporaine, venue de Paris ! Tout me semble à redéfinir, recomposer, réinventer… Et si je n’ai pas encore trouvé de réponses aux multiples questions que je me suis posées au cours de cette traversée au pays des Rabellados du Cap Vert, j’espère au moins avoir semé quelques graines dans leur jardin tout neuf… Pour mon compte personnel, je peux dire qu’ils m’ont permis de défricher tout un coin de moi-même encore inconnu ! Un véritable « troc » de qualité supérieure ! Merci aux Rabellados, à Misa et ses amis, au C.C.F et Jean Marie et à tous les enfants de m’avoir partagé leurs richesses : le vent, la mer, les pierres, les rires et leur joie de vivre… POLSKA à Praia (Cap Vert), le 1 Janvier 2004. |
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